Y a pas le feu au lac, l’histoire de deux soeurs pressées…

Y a pas le feu au lac, l’histoire de deux soeurs pressées…
1 décembre 2017 Le bazar français

Marie et Andréa Boitrand ne voulaient pour rien au monde voir disparaître la scierie familiale située dans le massif du Jura, à Saint-Julien. Quand les grandes entreprises de jouets qui faisaient tourner la fabrique de leur père ont stoppé leurs commandes dans les années 90 pour se fournir à moindre coût en Asie, elles ont décidé de se battre. Ne pas se laisser emporter par la grande faucheuse « délocalisations ».Leur ambition : perpétuer un savoir-faire ancestral autour du bois, principale richesse de ce pays parcouru de forêts de sapins. Leur idée: faire appel à des designers et créer avec eux des objets du quotidien à la fois fonctionnels et uniques. La modernité et l’audace alliées à la noblesse du bois. Voilà comment est né « Y a pas le feu au lac », dont les objets se vendent aujourd’hui dans le monde entier et s’exposent aussi au prestigieux MoMa de New-York. Rencontre.

Pourquoi ce nom « Y a pas le feu au lac »?
A vrai dire, le nom est venu « comme ça » et à force de le répéter , nous nous sommes dit que cela sonnait bien, que le nom marquerait les gens, et puis il ne faut pas oublier que nous sommes très près de la Suisse d’où vient cette fameuse expression ! Au fond ce nom représente une façon de vivre « cool » sans courir, que nous adorerions..Mais… qui est tout le contraire de nous, qui passons notre temps à courir ! C’est assez paradoxal et drôle !

D’où vous est venue l’idée de créer presqu’exclusivement autour du bois?
Notre père a lancé sa fabrique dans les années 70: une tournerie tabletterie. C’est lui qui nous a transmis l’amour du bois. C’est de là qu’est venue notre envie de développer et de mettre notre savoir-faire ancestral au service du design et de la créativité. Ainsi est né « Y’à pas le feu au lac ».

Vous travaillez avec plus d’une douzaine de designers, quelle est l’idée directrice qui les rassemble?
Nous aimons diversifier nos gammes, tout en gardant une unité dans nos collections ! L’idée est  de proposer des objets artistiques et fonctionnels.

Outre la mise en valeur du bois, est-ce qu’il y a une démarche « éthique », « écolo » voire politique derrière YPLFL?
Le mot politique ne me plait pas vraiment, nous sommes tout sauf « politique » où alors politiquement humain !! Non…ce ne sont pas deux mots qui se marient très bien ! Mais, en effet, nous sommes très attentifs à l’avenir de notre planète et mettons tout en œuvre pour être une entreprise éco-responsable. Ce n’est pas qu’une façade marketing, mais bel et bien notre façon d’appréhender le quotidien. Bois PEFC, recyclage sont nos maîtres-mots.

Aujourd’hui quand une entreprise veut se développer, elle cherche de la main d’oeuvre moins chère, elle délocalise, comment vous vous en sortez?
Délocaliser? Oh grand jamais!  Nous nous battons chaque jour pour ne jamais partir de chez nous, bien trop attachés à notre patrimoine, nos valeurs et notre savoir-faire, comme tous les MADE IN FRANCE, nous nous remettons sans cesse en question. Notre point fort c’est aussi la qualité des produits que nous proposons ! Et notre motivation n’est pas le gain à tout prix !

YPLFL c’est combien d’employés, et c’est quoi physiquement: une grande usine, des ateliers de création…. Décrivez-nous l’entreprise.
YPLFL c’est 9 employés, employés de notre même société AS’BOIS ( YPLFL étant la marque design d’AS’BOIS) et ça ressemble à…comment dire…une entreprise familiale.. conviviale, pleine de vie et de bonne humeur, des bureaux et 2 ateliers avec parc machines, cabine de peinture et montage produits.

Est-ce que vous parvenez à développer une clientèle étrangère? Mondiale?
Oui, nous avons des clients à l’étranger: Australie, Emirats Arabes Unis, Singapour, USA, nous avons même eu la chance d’être exposé au MoMa de New York !!
Le Marché étranger est un peu plus compliqué à l’heure actuelle, notamment en terme de coût de transport… Ce qui pénalise l’export, forcément.

Le « made in France » a bonne presse, c’est bon pour l’image, mais est-ce que c’est un argument commercial réellement efficace, est-ce que ça rapporte?
Le « made in France » n’est pas un argument qui rapporte, et ce n’est pas notre but premier, nous sommes confrontés chaque jour à la dureté du marché, des prix défiants toutes concurrence ; mais le «Made in France » est… ce que nous sommes, alors qu’importe l’image, le commerce etc, nous souhaitons plus que tout faire vivre notre savoir-faire, maintenir notre Artisanat français. Faire valoir les compétences de notre entreprise, transmettre notre amour du beau, du chic à la française, notre sensibilité à l’environnement, notre bois, synonyme de robustesse, de noblesse et en même temps de tant de simplicité ; l’image que nous transmettons est une image « vraie ». Le « Made in France » doit être un argument qui touche en plein cœur !
Nous faisons du « Made in France » depuis 40 ans, nous n’avons pas attendu cette vague marketing pour accorder de l’importance à notre patrimoine !

A quoi rêvent les patronnes  de YPLFL? Quels objets démesurés ou improbables vous voudriez un jour produire?
Les « patronnes » – ce mot me dérange-, nous rêvons juste de perpétuer ce que nos parents nous ont transmis au cours de leurs longues années de travail, se dépasser et réaliser de beaux objets qui permettent entre autre de montrer que le travail du bois peut s’avérer moderne, tout en alliant ce savoir ancestral.
Nous ne rêvons pas de produire des pièces démesurées, improbables, nous avons la contrainte du bois, c’est un matériau vivant, l’outil façonne le bois mais le bois reprend toujours ses droits ! Pour nous, satisfaire nos clients en faisant un travail de qualité est le plus important.

Sinon  dans la vie vous êtes plutôt du genre pressées? Ou pour vous y a pas le feu au lac?
Euh… Non !  On court tout le temps.. plutôt du genre pressées…

Antonin André