Interview de Charlotte Rivière, créatrice de Charlotte Sometime et wool lover

Interview de Charlotte Rivière, créatrice de Charlotte Sometime et wool lover
6 juillet 2017 Le bazar français

Présente-toi en quelques mots pour les lecteurs du blog?Charlotte – wool addict – passionnée de musique & de photographie…

Comment as-tu eu l’idée de la marque Charlotte Sometime?
J’ai commencé par faire des études en Sciences de la Vie & de la Terre, un DEUG – 2 années pendant lesquelles j’ai pu économiser un peu pour les années à venir, rassurer mes parents, & fréquenter les cours de nu des Beaux Arts d’Angers afin de ne pas perdre mon coup de crayon – j’ai ensuite intégré les ateliers de Sèvres à Paris puis une école de mode pendant 2 ans.

J’ai su très tôt que je voulais garder mon entière liberté et ne pas intégrer une entreprise – Être à mon compte a été pour moi une suite logique de tout ça –

J’ai créé une première marque avec une camarade de classe dès la fin de mon cursus, puis lancé charlotte sometime l’année suivante, en 2008. Direct dans le bain, sans passer par la case salarié/expérience. Pour moi, c’est sur le terrain qu’on apprend le mieux .

Et en design, qu’est ce qui te touche ?
Les belles matières, les objets faits avec du temps & de l’amour – je suis très sentimentale en matière d’objets, autant avec les vêtements qu’avec les autres objets. J’aime aussi beaucoup les choses d’un autre temps, qui se sont patinées, les objets des années 80, de mon enfance – plutôt des vieux objets en fait

Une icône ?
Non je n’ai pas d’icône en particulier –

Un pays, une région du monde qui te donne envie de créer ?
L’Islande, la Norvège, le Nepal… surtout les grandes étendues, les no man’s land, les déserts

Comment commences tu tes collections, à partir d’une idée? D’une tendance ?
Ça peut être un coup de foudre sur une matière, une thématique qui me tient à cœur,  une chanson qui m’obsède… je construis toute la collection ensuite autour de ce thème –

Est-ce que ça te prend beaucoup de temps pour créer une ligne où es-tu une créatrice « compulsive »?
Je prends beaucoup de temps pour créer une collection, je tricote presque tous mes prototypes, & j’avance & créé au fur & à mesure.

Quel a été ton parcours? Tu as toujours voulu être créatrice ou c’est arrivé par accident ?
Ca n’est pas arrivé par accident, j’ai très vite su que je voulais être indépendante –

Pourquoi avoir fait le choix du made in France en grande partie (ndlr, les pulls sont tricotés en Roumanie) ?
Au début pour des raisons pratiques. Il fallait trouver des fournisseurs qui me faisaient confiance, qui comprenaient exactement ce que je voulais, dans un circuit court.  & puis par la suite, je n’ai pas voulu délocaliser. C’est une relation à double sens : sans fabricants, pas de marque ! Je dois beaucoup aux personnes qui m’ont fait confiance au début, & nous grandissons ensemble désormais !

Financièrement, ce choix de faire fabriquer en France, ça tient la route  ou c’est compliqué?
C’est plutôt compliqué. Les clients ne sont pas tous prêts à mettre le prix pour une fabrication française, surtout avec la concurrence de l’Espagne et du Portugal, ou c’est beaucoup moins cher !

Tu as donné aussi des cours de mode ? Ca te plait de transmettre ton savoir ?
C’était une très bonne expérience ! J’aime le contact avec les élèves, transmettre mon savoir oui, mais surtout s’adapter à chaque élève pour le faire avancer sur son projet & progresser – dans une ère technologique, j’aime donner de la valeur aux activités et à la production manuelle.

Tu as fait le choix de passer cette année à seulement une collection par an ? Pourquoi?
La mode va trop vite,  elle s’épuise elle même et elle épuise la planète – nous n’avons pas besoin de tous ces vêtements, que la plupart des gens jettent au bout de… 35 jours –  je préfère une consommation réfléchie, avec de beaux vêtements affectifs qu’on a envie de garder le plus longtemps possible !

Du coup exit la collection d’été, à part une capsule, c’est facile à faire comprendre dans le milieu de la mode ?
Pas vraiment ! C’est difficile en tant que chef d’entreprise de faire comprendre que ce qui m’intéresse, ca n’est pas le ‘toujours plus’ – Ralentir, c’est ce message que je faire passer – Je crois que ce n’est pas vers la facilité qu’il faut aller – ce qui m’importe, c’est de faire réagir les gens à la surconsommation,  à cette envie de toujours plus. Less is more.

Un endroit dans la capitale où tu aimes aller pour boire un verre après le travail?
L’autobus, dans la même rue que le showroom – rue Amelot – c’est mon QG, un petit bar PMU sans prétention où les gens sont vraiment cools – de 16 à 77 ans 😉

Tu vas nous faire un bonnet spécial pour le Bazar français à la rentrée, tu confirmes?
Yes !

La créatrice Charlotte Sometime dans son showroom, 2016.